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 guichet 2

au Bureau du Chômage

Première chose à faire, s'inscrire au bureau du chômage, autant dire explorer un monde inconnu pour Jérôme KA. Après avoir trouvé sur internet l'adresse et les horaires du Bureau d'inscription au chômage, Jérôme se rendit en temps et au lieu dit en métro. Le bâtiment fonctionnel en centre ville présentait trois portes à tourniquet automatique et l'entrée utile était celle de gauche. Comme elle était commune avec d'autres administrations et/ou services, il fallait se présenter à un comptoir d'accueil assailli par une dizaine de personnes. Quand vint le tour de Jérôme, on lui demanda quel était son domicile et en fonction de la ville, le préposé lui donna un petit ticket standard numéroté E48 au verso duquel, le préposé avait tracé à la main la lettre C. Il lui indiqua où se diriger pour prendre l'ascenseur afin d'atteindre le cinquième étage.

Franchir la grande porte en verre, suivre un petit couloir qui débouche sur la zone des ascenseurs, un groupe y attend déjà... un ascenseur ouvre ses portes, tout le monde s'y engouffre, si besoin chacun sélectionne son étage. Cinquième étage, au fond du palier une porte ouverte donne sur une table où est assise une femme qui distribue un autre ticket en fonction de la lettre du précédent ticket. Il est produit par une borne automatique, mais la dame est là pour accélérer les choses et éviter les erreurs. Ce dernier ticket est plus grand et horodaté, il est frappé d'un numéro de 3 chiffres précédé de la lettre C, logique. une mention informe de "suivre les flèches VERTES" qui font aboutir à une vaste salle d'attente avec deux groupes d'une cinquantaine de chaises.

Un public bigarré parsème l'espace en attente d'un appel. Deux écrans affichent 3 possibilités A B C avec le numéro en cours de traitement. De temps en temps, un signal sonore attire l'attention sur l'indication qui apparaît pour annoncer à quel guichet doit se rendre le prochain numéro de la lettre correspondante. Il y a 20 guichets au total, mais tous ne sont pas occupés par un fonctionnaire. Le guichet se compose d'une table d'un mètre cinquante coincée entre deux cloisons qui isolent chaque guichet de l'autre. Sur la table un terminal, un clavier et une souris disputent la surface à une colonne de casiers contenant des formulaires.

Tout le monde est assis calmement, sauf trois jeunes femmes assez vulgaires qui se moquent visiblement de Jérôme, un peu perdu et qui examine méticuleusement les lieux et le dispositif de réception, sous les rires bruyants de ces trois grasses dont aucun Pâris ne chercherait à départager les avantages.
Au bout d'un moment, pas trop long, le numéro de Jérôme s'affiche avec le guichet 2 en attribution. Une femme d'une trentaine d'années s'y trouve et l'accueille d'un sourire. Jérôme la salue et dépose les documents devant elle. La fonctionnaire y jette un coup d'oeil, puis elle jauge par dessus ses lunettes la mine du chômeur bien mis de sa personne. Pour sûr, elle n'a pas tous les jours un tel candidat.
Elle parcourt les papiers et lui dit :
– Je vois que vous étiez dans la finance;
   je ne sais si je dois vous plaindre ou vous remercier de nous envoyer autant de "clients".
Ironise-t-elle.
– J'en suis un moi-même.
– Victime de la crise financière, oui comme beaucoup, mais vous occupiez un poste à responsabilité,
   "responsable, mais non coupable", selon la formule.
– Ce n'est pas moi qui ai mis la banque Lehman Brothers en faillite que je sache.
– Encore heureux.
– Dites, je ne suis pas venu ici pour qu'on me fasse la morale ! répliqua sèchement Jérôme irrité.
   Vous savez, les allocations sont plafonnées,
   c'est-à-dire que par rapport à mes revenus professionnels la différence est grande,
– Sans doute, mais vos allocations sont encore très supérieures à la majorité des autres travailleurs.
– Justement, j'ai cotisé à l'assurance chômage à proportion d'un salaire supérieur.
– Excusez-moi, mais pour une fois que j'ai un financier en face de moi...
   je n'ai pas pu résister à vous taquiner.
Un gentil sourire apaise Jérôme. Elle poursuit :
– Comprenez-moi, je vois défiler ici beaucoup de misère, alors ça interpelle ma conscience.
– Je comprends, mais c'est déjà assez pénible comme ça,
   alors si vous voulez bien traiter mon dossier tout simplement.
– Pas de problème, Monsieur KA, je vais finaliser votre inscription, les documents sont en ordre.
Elle tapote le clavier, l'oeil à l'écran. Jérôme la déshabille du regard, elle se lève pour retirer un document d'une imprimante et il regarde ses jolies jambes, les cuisses cachées sous la jupe qui s'évase vers le haut, les fesses en évidence sous la ceinture. Elle revient et Jérôme feint l'indifférence avec un regard neutre. Elle lui donne une feuille à signer et une autre composée de vignettes à coller sur une carte de pointage mensuelle qu'elle lui tend.
– Voilà, vous gardez ça sur vous.
   Et si vous travaillez un jour ou l'autre, vous devez noircir la case du jour avant de commencer;
   sinon vous laissez la case vide par défaut.
   À la fin du mois vous rentrez la carte ici à l'accueil ou par la poste ou encore à un bureau régional.
   Maintenant vous devez prendre contact avec le service de l'emploi local dont voici l'adresse.
– Merci !  Est-ce que tout est en ordre ?
– Oui, lisez ce document explicatif, tout s'y trouve.
– Merci, bonne journée.
Jérôme se lève et surprend son regard pas indifférent à sa personne.
Il sourit et s'en alla en lui lançant :
– À une prochaine fois peut-être.


Note : les parties de texte soulignées sont des liens vers une autre page.

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