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dans le métro

Jérôme descendit la volée de l'escalator avant d'arriver au guichet automatique. Il prit un ticket et accéda au quai après avoir suivi deux ou trois couloirs. À cette heure, il n'y avait pas trop de monde et les gens s'étaient éparpillés le long du quai. Les panneaux d'affichage montraient l'évolution des trains dans la ligne et le temps d'attente prévu. Le souffle de l'air arrivant par le tube annonçait l'arrivée de l'engin qui déboucha en ralentissant jusqu'à l'arrêt complet. Tout le monde s'approcha des portes, mais laissa descendre les voyageurs avant de monter dans le wagon.

 Quai du métro

Jérôme s'installa à la fenêtre du côté des quais, ce qui lui permettait de voir défiler les gens au départ et à l'arrivée dans les stations, un amusement visuel de sa jeunesse dont il avait perdu l'habitude depuis sa participation à la circulation automobile. À une station, un bonhomme en guenilles entra. Dés que le métro referma les portes, il se mit à dire d'une voix cassée : « Bonjour mesdames messieurs, je suis sans travail et sans logis, si vous aviez une petite pièce pour manger, je vous remercie de m'aider ». Il parcouru l'allée centrale en présentant un gobelet où quelques pièces en espéraient d'autres. Il patientait si quelqu'un faisait mine de fouiller sa poche ou son sac à la recherche de monnaie. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, Jérôme lui glissa une petite coupure en espérant ne jamais en arriver là.

« Merci m'sieur bonne journée ».  S'il s'avait !  pensa Jérôme.

Après avoir parcouru tout le wagon en laissant derrière lui une effluve d'un parfum douteux, le pauvre type sortit à la prochaine station pour embarquer dans le wagon suivant. Auparavant, Jérôme ignorait les mendiants parce qu'il les soupçonnait d'être pour la plupart des professionnels en bandes organisées qui exploitaient ce niveau de pauvreté. Mais ce matin, Jérôme voulait conjurer le sort et la possibilité d'une telle extrémité. Coucher dehors doit être très pénible et pas seulement l'hiver qui tue chaque année les vagabonds les moins résistants, selon les lois de la sélection naturelle, garante de la pérennité de l'espèce.

 Canary Wharf

Perdu dans ces pensées compatissantes, il s'amusa à s'imaginer lui-même faisant la manche, selon ses propres caractéristiques. Il aurait son manteau de cachemire souillé et fatigué d'avoir dormi sur un carton dans une encoignure. Les cheveux en désordre et une barbe de deux jours, sa mise aurait perdu de sa superbe, le col jauni de la chemise entrouvert malgré la cravate soyeuse mal ajustée, par miracle sans une tache, la seule épargnée de la misère dévorante. Le col lui scierait le cou sous le poids du costume de fine laine d'alpaga froissée. Le bas du pantalon usé s'effilocherait et porterait des traces d'eau séchée. Ses chaussures italiennes Richelieu haut-de-gamme auraient souffert, mais la semelle de bonne qualité tiendrait le coup. Malgré le déclassement, il garderait l'allure paradoxale d'un cadre de haut niveau tombé dans le caniveaux par déchéance ou malchance.

D'une main, il tiendrait une serviette de cuir fatiguée par la pluie ou d'avoir servi de coussin. De l'autre, il tendrait une sébile en plastique ternie par l'usage ou d'avoir servi de tasse. En parcourant les couloirs, les quais ou les rames, que pourrait-il bien dire pour mendier ?

« Bonjour mesdames messieurs, j'ai perdu mon boulot bien payé et je n'arrive plus à payer le chauffage de la piscine de ma villa » ?  Non, c'est un peu exagéré !

« Bonjour ... je peux plus payer l'entretien de ma Jaguar » ?  Pourquoi pas de l'hélico ou du jet privé, tant qu'on y est ?!

Difficile d'adapter le discours à la situation. Restons classique... et n'entrons pas dans les détails : « Bonjour mesdames messieurs, une petite pièce pour le cadre décroché, merci bien ».

Mais Jérôme sort brusquement de sa rêverie, le métro arrive à destination.

 Station de métro


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