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De retour à Bruxelles

Le matin, Julietta avait dressé une abondante table pour le petit-déjeuner dans la perspective du départ du couple vers l'aéroport pour prendre un vol vers Bruxelles un peu avant midi.

Teresa Avila et Jérôme avaient à peine commencé que Luchino arriva en robe de chambre, suivi par Julietta avec un caffè lungo qu'elle déposa devant lui, lorsqu'il fut attablé.

Buongiorno, excusez ma tenue, mais je ne voulais pas vous rater. Avez-vous passé une bonne nuit ? moi pas ! Une pensée m'a traversé l'esprit que vous pourriez être un escroc qui disparaîtra une fois l'argent en votre possession.

— Vous avez raison, c'est un risque à courir, dit Jérôme calmement, car je n'ai aucun moyen de vous convaincre de me faire confiance. Vous savez sans aucun doute que la confiance est la base des relations d'affaires et que l'on est banni à vie du milieu si on déroge à ce principe sacré. Ce principe est tel dans le milieu des diamantaires qu'on n'y rédige jamais le moindre contrat et que la parole y vaut pour accord et est ponctué d'un Mazal (‘Chance et prospérité’ en yiddish) lorsque les parties sont d'accord.

— C'est vrai, je comprends... et bien alors je vous le demande formellement : est-ce que je peux vous faire confiance ?

— Totalement Monsieur Longhi, faut-il que j'épouse votre fille pour sceller notre accord ? rétorque Jérôme sous le regard stupéfait de l'intéressée.

— Je n'irai pas jusque là, sauf si vous deux le vouliez évidemment.

— Papa ! nous nous en tiendrons à un concubinage de bon aloi, se vuoi !

Le père Luchino Longhi éclata de rire, mis la main sur le bras de Jérôme et sur celui de sa fille pour les réunir au risque de renverser son café.

— Je vous bénis chers enfants et vous souffle la fortuna comme la girouette de la Punta della Dogana.

— Bravo ! tu as encore réussi à me surprendre et je n'imagine pas ce qu'a dû en penser Jérôme.

— Ne t'en fais pas... rassura Jérôme, pour le moment, je m'attends à tout, mais je dois dire que j'ai cru un instant que j'allais devoir repartir de zéro.

 girouette de la Punta della Dogana

— À propos de partir, à quelle heure partons nous ?

— Polo de la Cooperativa Serenissima taxi vient nous chercher vers dix heures...

— Très bien, on sera à l'aise.

Comme prévu, le motoscafo de Polo arriva au portale à l'heure dite et les deux comparses embarquèrent après avoir fait leurs adieux à Luchino, et Julietta qui ne put réprimer une larme.

Passer le canal de la Guidecca, traverser Venise, prendre le cap sur l'aéroport, remercier Polo. S'enregistrer dans le hall des départs. Attendre l'embarquement puis prendre place dans l'avion. Vol direct vers Bruxelles et soft landing. Débarquement, récupération du bagage de Teresa, sortir. Cette fois ils prirent un taxi, direction l'hôtel Métropole.

À la réception on ajouta Monsieur Jérôme KA à l'usage de la chambre de Madame Longhi.

Une fois dans la chambre, Teresa lâcha son sac et son bagage et se laissa tomber sur le lit.

— Aaah Jérôme, quel bonheur de se retrouver ici seule avec toi, viens m'embrasser...

Jérôme s'allongea sur elle, l'embrassa, roula sur le côté et tous les deux s'abandonnèrent à un peu de repos. Si si, de repos !

 Brussels

Jérôme se connecta à internet et consulta quelques agences immobilières afin de trouver un immeuble capable de loger les bureaux du hedge fund et accessoirement de servir de logement.

— Qu'en penses-tu Teresa, ne serait-il pas plus pratique de pouvoir loger dans l'immeuble de nos bureaux ? Chacun pourrait avoir son propre appartement, mais avec des espaces communs comme la cuisine, la salle à manger et le salon...

— Oui pourquoi pas, surtout si on n'est que nous deux, ou avec Tosca et Richard en plus, mais je ne crois pas qu'il faille loger tout le personnel.

— Oh ça dépend de la taille de l'immeuble, mais si je pense à ça... c'est une idée qui m'a frappé dans un roman russe de Nikolaï Tchernychevski, son « Que faire ? » (1863).
Je t'explique : Les ouvrières associées de l'atelier de Véra Pavlovna s'aperçurent qu'il était préférable qu'elles logeassent non loin les unes des autres ; elles commencèrent à se rassembler à plusieures dans un seul logement, ou à proximité ; plus tard presque toutes les ouvrières habitaient un seul et grand appartement et faisaient table commune.

 Que faire, page 220

— Ah oui, c'est marrant ça, mais ne compte pas sur moi pour vivre avec tous les employés !

— Bah ! travailler ensemble, c'est déjà un peu vivre ensemble.

— Oui un peu ! comme tu dis, mais pas tout le temps.

— Évidemment. Il faut des espaces privatifs principalement, les parties communes étant juste complémentaires, ou sont essentiellement des espaces de travail. Et puis rien n'est obligatoire ; si quelqu'un veut faire une heure de route pour venir travailler, c'est son choix. Mais au lieu du télétravail à domicile, n'est-il pas préférable de vivre près de, ou à son lieu de travail ?

— Je ne sais pas si la vie personnelle doit être à ce point polarisée sur le travail.
L'activité professionnelle est importante, mais elle ne doit pas tout ramener à son impératif.

— Dans notre cas, je crains que le hedge fund et ensuite notre banque va mobiliser toute notre énergie et toutes nos facultés pour un bout de temps, sans trêve ni repos.

— Oui, mais cela ne doit pas nous dévorer au point de ne plus exister.

— Bien entendu, il faut de la mesure et je suppose que tu entrevois la mesure de notre projet, qui est un peu démesurée...

— Ah ça oui, et je me demande parfois si j'ai raison d'abandonner mon oisiveté heureuse pour te suivre dans cette folle entreprise.

— À toi de voir, moi je ne t'oblige à rien, mais je t'assure que tu peux jouer un rôle essentiel dans cette affaire, promise à un développement prodigieux. Mais déjà il désigne une page sur l'écran du PC...

— Tiens regarde, que penses-tu de ce bâtiment bien situé et qui semble convenir à nos besoins. Et j'aime bien cette vitrine en coin assez originale, j'y mettrais bien un énorme globe terrestre parsemé de nos drapeaux au fur et à mesure de la conquête du monde.

moderato amico mio, pour avancer, il faut juste mettre un pied devant l'autre et avancer, c'est récursif, pas à pas, étape par étape... toi tu t'y vois déjà !

— Oui mais il faut avoir le but en perspective, ce ne sera pas qu'une routine qui tourne en rond.

— Oui ce bâtiment à l'air bien ; je téléphone lundi pour prendre rendez-vous et le visiter.

— Demande leur aussi déjà le prix et tout autre renseignement utile...

Of course, patron !

— En attendant, où et quand allons-nous organiser notre réunion avec Richard et Tosca, si elle accepte de se joindre à nous.

— J'en répond, elle peut prendre en charge tout le marketing et la publicité. Ses compétences peuvent nous être d'une aide précieuse. Nous serons pour elle comme des clients privilégiés.

— Oui ses services seront rémunérés et versés dans la comptabilité, comme nos rémunérations, mais elle pourrait aussi être nommée à la direction commune, section marketing, sans n'être qu'une sous-traitance indépendante.

— Pourquoi pas, je ne sais pas comment elle envisage notre collaboration, on le lui demandera. On pourrait se rencontrer dans une salle de réunion de l'hôtel, non ?

— Si c'est possible, oui, pourquoi aller ailleurs ?! Tu te renseignes à la réception ?

— D'accord, je les appelle tout de suite...

En effet, l'hôtel offrait une salle de réunion et même une grande salle de conférence au sous-sol.

 Salle de conférence

— Bon on se contentera de la salle de réunion pour l'instant, la salle de conférence attendra nos communications à la presse en temps voulu. Peux-tu nous réserver la salle pour vendredi ? Richard pourra ainsi rester ici le week-end...

— OK, si on commence vers midi, on pourrait même en profiter pour déjeuner, qu'en dis-tu ?

— Bonne idée, dès ta confirmation je préviens Richard. Et de ton côté tu contactes Tosca ?

— Très bien, je réserve la salle ce vendredi à midi et j'en informe Tosca, et toi Richard.

— OK, d'ici là je me renseigne chez un notaire pour la constitution de la société du hedge fund.

 Salle de réunion

Note : les parties de texte soulignées sont des liens vers une autre page.

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