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consulter Richard PI

Le matin suivant, après une nuit agité, Jérôme appela Richard. Celui-ci voyant le nom de son ami sur l'écran de son smartphone décrocha illico.

– Salut KA ! comment vas-tu ? il est bien tôt ! un problème ?

– Bonjour Richard, non pas de problème, mais un projet dont j'aimerais t'entretenir.

– OK, on peut se voir pour déjeuner, si ça te va ?

– Je préfèrerais te voir au bureau, mais ce serait encore mieux chez toi ou chez moi, car ce dont je veux t'entretenir est assez confidentiel, et ton avis m'importe.

– Tu m'intrigues, c'est quoi ce projet ?

– Je ne peux rien te dire au téléphone, il faut que cela reste secret, seule Béatrice est au courant.

– Ultra secret ?! tu m'excites, je peux me libérer un instant cet après-midi, je passerai chez toi, mais je ne peux pas te dire quand exactement.

– No problemo, dorénavant j'ai tout mon temps... Je préparerai mes notes.

Autant dire que la matinée fut électrique. Jérôme alignait toutes ses idées sur des feuilles A4 qu'il essayait d'ordonner sur la table. Une grande table de conférence qu'il avait pu récupérer lors d'un des multiples réameublements des bureaux de la direction, très soucieuse de son look.

 la table de conférence

À midi, il déjeuna d'un peu de pain agrémenté de pâté et arrosé d'un verre de Bordeaux rouge. Il essaya ensuite de se détendre, couché sur le canapé, mais un essaim d'idées virevoltait dans son esprit dès qu'il fermait les yeux. Il dut s'endormir tout de même, car le coup de sonnette le réveilla. Il bondit, c'est Richard se dit-il. Il se regarda dans le miroir avant d'ouvrir et passa vite la main dans le désordre de ses cheveux sans réussir à améliorer son allure. Il ouvrit la porte.

– Bonjour Jérôme.  C'était Béatrice !  (le point d'exclamation est de Jérôme)

– C'est toi ?! J'attendais Richard. Il doit passer bientôt...

– Je voulais m'excuser pour hier, chez moi, je suis maladroite avec toi ces derniers temps. Tout s'est précipité si vite. Je sais que je réagis mal. Je ne sais pas pourquoi. Je devrais avoir confiance, confiance en toi et je suis pourtant sur la défensive, tout le temps. J'en suis désolée.

– Je comprends, c'est la situation qui veut ça, nous n'en sommes que les pantins. Tu veux un café ?

– Non, as-tu oublié que je préfère le thé ?  Mais vas-y toi, tu sembles en avoir besoin.

– Oui, je m'étais assoupi dans le canapé, j'ai assez mal dormi, tu veux du thé ?

– Non merci, je viens d'en prendre...

Pendant qu'il actionne la machine à café, elle se penche sur les papiers étalés sur la table.

– C'est pour le projet de ta fameuse banque ?

– Seulement de premières notes pour en discuter avec Richard.

– Ça m'a l'air déjà bien développé.

– Tu dis ça pour me faire plaisir, c'est gentil. Mais je te dis que ce sont de simples brouillons, juste les idées qui me sont venues hier en marchant et que j'ai notées depuis.

– Je suis sincère.

– Sincère toi ?!  C'est nouveau ? Ça vient de sortir ?

– Ne sois pas méchant !  Je sais que tu ne fais jamais rien à la légère.

– Alors tu viens t'associer au projet ?  Dit-il avec un zeste d'ironie.

– Non, je n'ai pas le temps pour l'instant, je dois y aller, je passais seulement pour m'excuser.

– Une prochaine fois alors ? J'aimerais que tu m'accompagnes dans cette aventure, tu pourrais être LA femme à la tête de cette nouvelle finance.

– Non ! Enfin peut-être... ou peut-être pas ? Je verrai...

– C'est tout vu !  Tu n'as pas une vision de la finance de l'avenir.

– Du calme Jérôme ! Commence par nous mettre tout ça dans un bizness plan, comme un pro.

– Et puis toi tu viendras t'assoir dans le fauteuil de direction sans rien apporter que tes fesses ?

– Bon je crois qu'il est temps que je parte, le ciel de ton regard se couvre de tes sourcils ombrageux.

– Vas-y ! Je préfère discuter avec Richard sans que tu viennes avec tes objections de poule mouillée.

– Merci ! Mais tu devrais savoir que la contradiction est essentielle dans l'élaboration d'un projet.

– Fichtre ! J'en apprends des choses avec toi. Allez file, sinon tu vas être en retard pour la prochaine faillite.

Il ferme la porte sur ses talons sans rien ajouter. Il gagne la salle de bain pour se passer de l'eau sur le visage. Il se regarde dans la glace, quelle mine ! On sonne (pourvu que ce soit Richard)...

– Ah c'est toi !  Dit-il soulagé.

– Pourquoi, tu attendais quelqu'un d'autre ?

– Non, mais BB vient de partir, j'avais peur qu'elle ne revienne.

– Oui, je l'ai croisé, elle avait l'air énervée, mais elle m'a salué gentiment.

– Son éducation est si parfaite.

– Un problème avec elle ? Avait-elle pris le thé ?

– Oui et non, je l'ai envoyée valser, elle m'exaspère.

– Mais avait-elle pris le thé ? quand une femme est déshydratée, cela n'arrange rien.

– Non, mon projet ne l'emballe pas. Elle tergiverse.

– Parlons en, c'est quoi ce mystérieux projet ?

– Viens, débarrasses-toi, tu veux un café ... ou du thé ?

– Volontiers un café, je suis venu directement après avoir mangé sur le pouce.

Pendant que Jérôme prépare un espresso, Richard jette un coup d'oeil sur les feuilles éparpillées.

– Ce sont les idées de base, tout reste à élaborer. Dit Jérôme en apportant l'espresso.

– Qu'elle en est l'idée maîtresse ?

Là Jérôme se lança dans une explication, Richard prenait quelques notes parmi celles de Jérôme.

– Qu'en penses-tu ?  Demanda-t-il enfin à Richard.

– C'est fou !

– Toi aussi tu penses ça ?  Fit-il avec une moue de dépit.

– Non, ne crois pas que je réprouve l'idée, mais c'est assez fou, dans le sens de ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines. Tu sais, ces inventeurs de l'aviation à laquelle personne ne croyait à l'époque. On est un peu dans le même cas de figure : c'est assez casse-gueule mais faisable avec beaucoup d'ingénierie !

– Béatrice dit aussi que c'est trop risqué.

– Elle n'a pas tort, surtout dans le contexte actuel. Elle est réaliste comme la plupart des femmes, elles ont un plus grand instinct de survie que nous, c'est nécessaire à l'espèce.

– Ne généralisons pas. Elle est tout à fait capable de raisonner comme un chef de projet sans ces considérations psychologiques, il me la faut !

– Tu ne peux pas la forcer à s'embarquer dans ce genre d'aventure.

– C'est ce qu'elle dit.

– Tu dois avoir de vrais volontaires pour ce voyage au long cours. car c'est comme chercher d'atteindre les Indes par l'Ouest au XVème siècle !

– Et toi, tu serais du voyage ?

– Je ne dis pas non, c'est une idée intéressante. Mais examinons ça dans les détails, une autre fois si tu veux, j'y réfléchirai de mon côté. À nous deux, on devrait pouvoir élaborer quelque chose de structuré.

– Merci PI, tu me sauves, tu comprends je ne peux pas vraiment y croire si je reste tout seul.

– Je n'ai pas encore dit oui non plus.

– Je te connais, mon vieux, tes réserves sont de réelles preuves d'intérêt, sinon tu aurais déjà trouvé quelques objections majeures.

– Si tu le dis. Mais parlons d'autres choses; comment ça se passe pour ton chômage ?

– J'ai réglé les démarches administratives ces jours-ci, je me suis inscrit au bureau du chômage et la préposée était limite, elle m'estimait un peu responsable de la crise actuelle car j'étais un financier, mais je l'ai vite remise sur les rails de ses fonctions administratives. Merde, c'est pas cette conne qui va me faire la morale alors qu'elle n'y connait rien.

– Les gens ne se rendent pas compte de ce qu'ils disent parfois.

– Tu parles ! Et ensuite j'ai du passer au service de l'emploi de mon quartier. Là c'était une congolaise qui s'est occupée de moi, très gentille, seulement elle n'a pu qu'enregistrer les données me concernant sans pouvoir me proposer un emploi. J'ai reçu un plan d'action, mais c'est juste un formulaire où je dois noter les actions que j'aurai entreprises pour trouver un job. Ils n'ont rien à proposer, alors c'est moi qui doit savoir quoi faire, car selon eux, j'en suis capable, mais pas eux, tu vois le topo. Enfin comme ça j'aurai la paix et je leur raconterai quelques trucs s'ils me convoquent.

– Oui, c'est bien, tu peux inventer un tas de choses pour les bluffer.

– À la fin de l'entretien, pour plaisanter j'ai dit que « la solution serait de fonder ma propre banque », et elle s'est même proposée comme future cliente.

– Amusant, très amusant.

– C'est dans ces circonstances que cette idée a surgi sans même y avoir vraiment pensé. Ensuite l'idée m'a trotté en tête et je l'ai élaborée en marchant tout l'après-midi.

– Oui, à la réflexion, cette idée a du potentiel, maintenant il faut lui donner du corps pour qu'elle puisse se réaliser et ça c'est une autre paire de manches.

– Tu veux bien m'aider à étudier la question ? Tu es la seule personne que je sais capable de compléter mes propres compétences.

– OK, je t'aiderai, ça m'intéresse de réfléchir là-dessus avec toi. Mais cette semaine, j'ai un travail urgent à finir. Je suis passé pour me distraire de ce boulot, mais je dois m'y remettre rapido.

– Quand est-ce qu'on pourra se revoir ?

– Je peux t'emprunter les notes ? Je les regarde à l'occasion et puis je repasse dimanche, ça te va ?

– Richard, je préfère que les notes ne sortent pas d'ici, il faut que ça reste secret ! Tu comprends, je veux prendre le secteur par surprise.

– OK, j'ai tout en tête et je mettrai mes nouvelles propositions sous clé. Va pour dimanche ?

– Oui, dimanche c'est parfait, pour moi c'est tous les jours dimanche, mais dorénavant je travaillerai à ce projet sept jours sur sept.

– En tout cas tu peux compter sur moi pour t'aider !

– Oui merci PI, je t'aime, à dimanche.

– Salut KA, bonjour à Béatrice.

– Je n'y manquerai pas. Bye.


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