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une explication

— Voilà, je pars du constat suivant : les gens déposent leur argent dans les banques et abandonnent tout pouvoir sur l'usage qui en est fait. C'est un peu comme lorsqu'ils votent et déposent leur bulletin dans l'urne, ils abandonnent leur voix aux politiciens qui la dévoient dans la gestion particratique du pouvoir. Bien entendu, il y a de bonnes banques comme il peut y avoir de bons politiciens, la question n'est pas là, mais c'est s'en remettre un peu au hasard.

À l'époque médiévale aussi, le peuple pouvait avoir un bon ou un mauvais maître, mais il ne pouvaient pas s'en démettre. Depuis, on peut heureusement changer de banque. Mais dans l'ensemble, quelque soit la qualité de la banque, les gens, les clients n'ont aucun pouvoir sur le capital qu'ils lui ont confié et ils n'en tirent qu'un très faible intérêt réel, compte tenu de l'inflation. Il y a bien certaines personnes qui ont la capacité de mener une gestion patrimoniale en plaçant leur épargne dans différents produits plus rémunérateurs, mais combien connaissent vraiment ce que représentent ces produits et les implications de leurs investissements ?

Quand les fonds de pension par exemple suivent leur logique de maximisation des profits, ils finissent tôt ou tard par appauvrir le tissu social dont font partie les gens qui y ont souscrit, de sorte qu'en fin de compte les souscripteurs peuvent perdre plus qu'ils espéraient gagner, sans compter le risque auquel s'expose les fonds de pension eux-mêmes sur les marchés financiers qui ne font pas de cadeau.
 

— Donc, l'idée est de proposer une banque par laquelle les déposants pourraient agir eux-mêmes, non pas individuellement mais à travers la médiation d'une organisation de l'action financière.
Avec un slogan de base comme : « Prolétaires de tous les pays, mettez votre argent en commun ».

Si des clients ne veulent rien décider, ils ne sont évidemment pas obligés de s'impliquer, mais pour ceux qui le veulent, cette banque leur offrirait le pouvoir d'orienter leurs investissements au moyen d'un large choix d'options qui détermineront les décisions du management de ces capitaux.

Pour qu'ils puissent y participer efficacement, il faudra leur offrir aussi toute l'information relative aux différents niveaux de participation et on pourrait même imaginer dispenser des modules pédagogiques pour leur fournir une formation progressive. Pour ceux qui veulent vraiment changer les choses, apprendre est essentiel. On part d'un état des lieux où leur ignorance est prépondérante dans ce domaine et où leur pouvoir est nul. Mais on ouvrira une brèche en proposant de combler ces lacunes avec ceux qui veulent savoir ce qu'ils font de leur argent et en leur donnant un réel pouvoir par leurs investissements.
 

— Le pari, c'est qu'il y aurait un potentiel énorme pour une telle perspective économique et sociale. J'observe que la jeunesse exige de plus en plus de pouvoir intervenir réellement dans la société, exemple les réseaux sociaux et les actions multiformes qui fleurissent partout. Pourquoi la finance qui est au coeur du système ne pourrait-elle pas être traversée par le même mouvement ?

Ces jeunes gens cherchent une voie, tracent un vecteur qui résulte de l'ensemble des tensions sociales et de leurs propres contradictions. Dans l'histoire, les choses changent d'abord imperceptiblement jusqu'à des points de rupture où se produit un saut qualitatif et ce qui a grandi dans l'ombre se présente tout à coup en pleine lumière. Mêmes si les jeunes ne sont pas ceux qui possèdent le plus de capital, c'est un moteur vivace du futur. Ensuite le reste de la société finit souvent par les suivre et ça peut aller très vite.
 

— Cependant on ne doit pas tout inventer nous-mêmes tout de suite, on amorce le mouvement et on pourra toujours le développer avec les clients motivés. Ils auront sans doute aussi des idées auxquelles on n'aurait même pas pensé. Ils pourront former des groupes, discuter dans des forums de discussions, organiser des systèmes de communications internes sécurisés comme des tweets ou d'autres types de message. Il n'est pas nécessaire de tout concevoir au départ, il faut juste établir des principes directeurs et des perspectives, le reste devrait suivre...
 

— Ce que cette nouvelle banque proposera à la population, c'est de sortir du cercle vicieux production consommation, travail et salaire pour acheter des marchandises comme seule activité sociale possible. Unique mode de vie où la seule chose à obtenir est du pouvoir d'achat. C'est un marché de dupes où le consommateur désire ce qu'on lui propose d'acheter. N'y aurait-il pas d'autres emplois de leur argent, et partant un autre emploi de leur vie ?

Une partie des produits sensés rencontrer des besoins existants ou potentiels sont de plus en plus superflus en même temps qu'ils apparaissent comme indispensables et ces produits s'imposent en vertu du fait qu'il n'y a pas d'autre alternative. Quand les gens ont de l'argent, ils le dépensent, c'est normal. S'ils l'épargnent c'est seulement pour acheter quelque chose plus tard. Ce qu'il faut qu'ils comprennent, c'est qu'en transformant une part significative de leur salaire en un capital, ils finiront par augmenter leurs revenus par des intérêts, des dividendes et des plus-values qu'ils produisent de toute façon par leur travail, mais qui profitent principalement aux propriétaires du monde. Au moyen de cette métabanque, nous en feront des prolos-proprios !
 

— Ce que je propose, ce sera d'utiliser le capital ainsi mobilisé pour agir sur les conditions existantes tout en les finançant. Actuellement il y a des centaines de milliards sur les carnets d'épargne, or chaque dépôt permet de disposer d'un multiple de cette somme auprès de la banque centrale. Avec une telle force de frappe, il y a moyen de faire des opérations exemplaires, des coups d'éclat qui vont attirer de nouveaux clients et ainsi de suite. Une fois la spirale engagée, rien ne pourra empêcher son développement.

Pour démarrer, j'estime qu'il faudrait réunir un capital propre d'un milliard d'€uros environ. Car ce n'est pas avec nos quelques millions qu'on pourrait capitaliser une banque. Ça ne suffit évidemment pas, mais j'envisage de contacter un certain nombre de gens qui ont les moyens d'investir des sommes importantes. On leur proposera d'acheter des titres de propriété, des parts, des actions qui ne seront cessibles à tiers que sous conditions, afin d'éviter d'en perdre le contrôle.
 

— Pour le fonctionnement principal de la banque, les relations internes et externes seront intranet et internet. Matériellement il y aura juste un siège social basé à Bruxelles au coeur de l'Europe et une armée de courtiers free-lances supervisés par un staff home-based. Il faudra donc un système informatique sécurisé très développé avec des modules d'intelligence artificielle qui interagissent avec le personnel et les clients pour les guider et les rediriger vers un interlocuteur si besoin. Les contacts locaux se feront par les courtiers free-lances pour établir des contrats relatifs à des opérations qui nécessiteraient de telles rencontres. Mais a priori tout devrait pouvoir se faire par internet et sinon par envoi postal pour les quelques documents qui nécessitent une signature lorsqu'une signature électronique fait défaut.
 

— J'ai aussi pensé à un système de taux d'intérêt progressif en fonction du temps laissé en compte afin de favoriser les clients les plus fidèles et les plus engagés financièrement. Par exemple le taux aurait une progression linéaire d'un centième par jour ouvrable, cinq centième par semaine, ce qui donnera un taux de 2.6% après un an. Rien de très différent des autres banques, sauf qu'ensuite ce taux continuerait à progresser asymptotiquement jusqu'à atteindre un taux de référence basé sur un multiple d'un panier d'obligations d'Etats et d'entreprises. Ces comptes de dépôt, où l'argent reste disponible au jour le jour, seraient donc mieux rémunérés qu'ailleurs, ce qui ne manquera pas d'attirer les clients. Mais il y aurait tout l'éventail des autres types de placements traditionnels comme les comptes à terme etc...
 

— La nouveauté, ce sera de pouvoir cocher un ensemble de sélections par lequel la banque saura ce qu'elle peut faire avec le capital déposé. Le client peut décider de consacrer une partie de son capital à des opérations plus déterminées pendant lesquelles il doit accepter de bloquer la somme, mais en contrepartie, il reçoit une meilleure rémunération en fonction des différentes périodes d'engagement. Tout ceci n'est pas spécialement différents des autres institutions bancaires, mais le projet, c'est que les capitaux réunis atteignent une masse critique pour intervenir aux niveaux décisionnels des sociétés, un peu comme des actionnaires activistes.
 

— Dans une première phase, la banque financera les besoins de financement des particuliers : emprunts hypothécaires ou autres grosses dépenses, les petites et moyennes entreprises, les sociétés et toutes les formes de crédit traditionnelles. Rien de révolutionnaire là-dedans. On insistera sur le rôle socialement responsable de ces financements pour s'assurer une large base de confiance, critère essentiel pour une institution bancaire. On rognera un maximum sur nos marges bénéficiaires afin d'être très concurrentiel pour drainer à nous toute l'épargne populaire dont abusent les autres banques, de sorte qu'en fin de compte on créera un déséquilibre en notre faveur qui devrait accélérer le mouvement de désertion des banques traditionnelles.
 

— Mon intention est d'entrer en concurrence avec les autres banques pour mobiliser toute l'épargne afin qu'elle puisse réaliser une reprise massive du pouvoir financier qui est aux mains d'une oligarchie. Progressivement le glissement de l'épargne dans une telle perspective va mettre les autres banques dans des difficultés telles que les plus réfractaires de leurs clients devront suivre pour ne pas s'exposer au risque que leur banque ne fasse faillite avec eux.

D'un autre côté, on pourrait créer un hedge fund aussi agressif que les leurs et qui sera utilisé comme une avant-garde militaire sur le terrain de leurs spéculations. Et plus traditionnellement, on peut aussi prendre des participations dans le capital des entreprises via un holding afin d'obtenir des administrateurs qui pèseront sur les décisions du management, comme ça se fait déjà, à la différence que nos fins ne seront pas de faire du profit au détriment du personnel ou de la société. D'ailleurs je compte intéresser les partis et les syndicats à participer à la gestion de leurs propres fonds, comme les budgets de campagne et les caisses de grèves etc...
 

— Aujourd'hui la capitalisation des plus-values a atteint un niveau qui asphyxie l'économie, l'argent qui ne sait plus s'investir d'une manière productive pour former de la richesse, fait de la prédation pure. On peut essayer de renverser le rapport des personnes au capital dépersonnalisé avec ceux qui voudront et pourront utiliser la part excédentaire de leurs revenus à autre chose que la consommation, en formant un levier d'intervention au coeur de la finance elle-même. En mettant la main au capital, ils n'ont rien à perdre et tout à gagner.


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