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Béatrice

Béatrice et Jérôme ont chacun leur propre appartement car ils tiennent à leur indépendance et ils en ont les moyens. Ils habitent l'un chez l'autre selon les circonstances et quand ils en ont assez d'être ensemble, ils retournent chacun chez eux.

Cet après-midi là, Jérôme traînait dans le canapé en réfléchissant aux possibilités de se sortir de cette mauvaise passe. Quand BB entra (elle se nomme Béatrice Bishop, mais entre amis, on emploie ses initiales en vertu de l'attrait qu'exerça Brigitte Bardot dans la mentalité anglo-saxonne).

– T'es déjà là !?
dit-elle surprise en déposant quelques sacs de courses sur la table de la cuisine américaine.
Elle va vers lui à grands pas dans la mesure où la jupe de son tailleur les lui autorise.
À mi-chemin, elle enleva ses talons aiguilles en relevant la jambe en arrière, elle fit un pas et enleva l'autre avec ce même geste gracieux, tout en portant sur Jérôme un regard interrogateur.
Il détourna les yeux vers la baie vitrée, fuyant ces yeux qui le scrutaient, et dit :

– Oui, c'est fini.

– T'as bouclé un projet ?

– Non, il n'y a plus de projet, c'est fini, je n'y travaille plus.

– Quoi ?  t'as plaqué le boulot, tu as trouvé autre chose ?
Dans le milieu, ça bouge beaucoup et Béatrice ne peut pas imaginer une seule seconde que Jérôme ait été licencié.

– Non, j'ai été viré ! dit-il brutalement.
Les yeux écarquillés, un point d'interrogation dans les pupilles, Béatrice le fixe en silence, la bouche ouverte sans un mot...  
Jérôme ajoute :

– C'est à la suite de la faillite de Lehman Brothers, on restructure chez nous de fond en comble.
Elle le coupe.

– Et toi tu es OUT ?!
Je   le   crois   pas ! (en détachant chaque syllabe et en appuyant sur le "pas").

Elle a un léger mouvement de recul et tombe assise en face, dans l'autre canapé, l'oeil humide d'émotion. Jérôme se lève pour la rejoindre, mais elle se relève aussitôt, essaie de rattraper le mascara sous la paupière et retourne à la table vider les sacs en criant :

– Ils t'ont viré !  mais c'est incroyable.
Elle range nerveusement ses achats dans le frigo et en ferme la porte violemment.
Quelques larmes affleurent, on ne sait si elle pleure de rage ou de dépit.

– Mais c'est pas possible qu'on t'ait viré, toi.

– Personne n'est jamais indispensable.

– In-dis-pen-sa-ble, non !  mais im-por-tant, non ?  tu étais quand même important ?!.
Jérôme se détourne, il n'a pas envie de se défendre, de devoir justifier ce qui lui arrive.
Il aurait préféré un peu de réconfort, un geste gentil, un peu de chaleur humaine.

– V.I.P. !  ironise-t-il en se dirigeant vers la fenêtre.

– Laisse moi. dit-il avec lassitude le regard au loin.
Elle prend des verres, claque nerveusement les portes des armoires, s'essuie les yeux.

– Tu veux un Cognac ?  tout en versant sans attendre la réponse.
Elle vient vers lui, les verres à la main.

– Tiens prend. dit-elle avec un voix plus douce et le "prend" a un accent de profonde générosité.
Elle lui donne le verre, puis de sa main libérée remonte de l'épaule à la nuque et l'attire à ses lèvres.

– Pauvre chou.

– Je n'ai pas besoin de ta pitié. Il se raidit.

– Ce n'est pas de la pitié, je comprends.

– Ça m'étonnerait, je ne comprends pas moi-même.

– Oui, en effet c'est incompréhensible. Mais que s'est-il passé ? 
Excuses moi si je réagis mal, c'est si soudain, je suis désemparée.

– Du calme, je n'ai pas attrapé le sida !  on va s'en sortir.
Là, Jérôme aperçu dans son regard que le "on" ne la concernait plus vraiment.
Elle baissa les yeux dans son verre.

– Que vas-tu faire maintenant ? dit-elle en appuyant sur le "tu" comme pour déjà prendre ses distances.

– Je ne sais pas encore ... dans l'immédiat je dois régler un tas de choses administratives,
comme m'inscrire au chômage pour préserver ma couverture sociale.

Béatrice fit la moue rien qu'à l'idée de voir Jérôme rejoindre la cohorte des chômeurs.
Dans le milieu, les golden boys passent d'un job à l'autre en grimpant dans la valorisation de leur statut et la case chômage n'est pas prévue dans le parcours, sauf pour les losers, of course.

– Tu vas toucher des indemnités ?

– Oui pas mal, je devrais pouvoir compléter mes allocations pendant un certain temps,
mais je me demande s'il ne serait pas préférable de revendre la villa,
car je ne pourrai pas en assumer les traites si je ne retrouve pas rapidement un job.

– Ce serait dommage. Elle vide son verre et le dépose sur la table basse.

– Le problème, vois-tu, c'est que je ne suis pas le seul sur le marché.
La faillite de Lehman Brothers a mis à pied des milliers d'autres financiers comme moi.

Elle lui prend le verre des mains, le dépose avec le sien. Elle se redresse près de lui et lui passe les bras autour du cou. Machinalement, il lui prend la taille et l'embrasse. Il sent bien qu'elle ne se donne pas vraiment au baiser. Elle retient la langue derrière les dents et Jérôme hésite à s'aventurer plus loin, ayant déjà du subir sa morsure. Il plonge le visage dans le cou de Béatrice et la serre comme une bouée de sauvetage. Elle proteste.

– Aie tu m'étouffes !

– Tu ne disais pas ça la première fois. Il déboutonne sa chemise bordée de dentelles.

– Qu'est-ce que tu fais ?  dit-elle avec un mouvement de recul.

– Devine. Il lui embrasse la gorge en cherchant dans le dos l'attache du soutien. Les bonnets tombent et il lui caresse les seins. Résignée mais consentente, elle lui dégrafe la ceinture et ouvre le pantalon. Puis elle ouvre le zip de sa jupe qu'il tire sur les pieds. Le mouvement des jambes pour s'extraire du tissu fait crisser les bas. Il lui descend la culotte sur les genoux et déjà il remonte la main dans l'entrejambe chaud, humide et doux. Elle lui prend la verge durcie en riant.

– Tu n'as pas tout perdu à ce que je vois.

Dans la finance, le boulot est assez stressant, on baise facilement et pas toujours avec les mêmes partenaires, ça détend et on le fait sans chichis. Il la bascule sur le canapé, la main descend sur le ventre, le visage suit et il lui embrasse le sexe.

– Arrête, je ne suis pas lavée.

– Je m'en charge. dit-il avant de lui passer une langue entre les lèvres. Elle gémit.

Pour bien la tenir au bout de la langue, il entre en apnée entre ses cuisses jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus et lorsqu'enfin il émerge de cette source de vie, il respire à fond le parfum de la femme qui l'enivre.


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